À propos
L’Association française d’économie politique a été fondée pour défendre le pluralisme en économie. Association professionnelle œuvrant à une meilleure régulation du champ et association savante, elle rassemble des économistes (doctorant.es, docteur.es, enseignant.es-chercheur.es, etc.), exerçant à l’université ou dans d’autres structures et organismes de recherche et de formation. L’AFEP organise régulièrement des manifestations scientifiques dont un congrès annuel. Elle met en réseau et diffuse des travaux académiques en économie politique. L’AFEP est aussi un forum de réflexion sur l’enseignement et la recherche en économie telle qu’elle se fait. Elle est particulièrement attentive au respect des règles éthiques et de rigueur scientifique dans la discipline. L’AFEP a ainsi développé une expertise sur le fonctionnement de la profession (modalités d’évaluation, recrutements universitaires, évolution des carrières, etc.). Elle publie notamment un wikiaudition rassemblant les informations relatives aux concours et recrutements de maîtres.ses de conférences et professeur.e.s en sciences économiques. Elle publie régulièrement des diagnostics, analyses et prises de position publiques argumentées sur l’organisation de la vie scientifique et académique, qui se caractérise aujourd’hui par un manque de pluralisme.
L’économie est au cœur des questions de société. Ainsi, la structuration de la discipline a des implications qui vont bien au-delà des seul.e.s universitaires de métier. La qualité des débats dans l’enseignement et la recherche en économie conditionne celle des débats démocratiques, tout comme elle conditionne la mise en place de politiques publiques pertinentes.
L’AFEP s’est constituée à la fin de l’année 2009, en pleine crise financière, sur le constat que cette crise économique majeure renvoyait fondamentalement à une crise de la discipline économique. Les courants dominants avaient accompagné et applaudi le développement de la bulle financière. En marginalisant les travaux d’économistes plus critiques, en détruisant progressivement le pluralisme de notre discipline, ils avaient contribué à précipiter nos économies dans la tourmente (cf. infra Contexte). Depuis la crise, cette domination s’est accentuée. Elle menace le pluralisme en économie et la qualité du débat démocratique.
Aujourd’hui, dans une période marquée par de grandes incertitudes– institutionnelles, économiques, sociales, écologiques – il nous faut plus que jamais réunir nos forces pour œuvrer à la construction de pensées économiques plurielles à la fois pertinentes et rigoureuses. L’AFEP n’a eu de cesse de défendre l’idée que seul un changement structurel et profond dans nos institutions professionnelles peut permettre le retour à des formes de pluralisme durable dans l’enseignement supérieur et dans la recherche.
Nulle part en 2026 ne s’observe une véritable transformation structurelle permettant le retour au pluralisme dans notre discipline : ni dans l’enseignement – alors que la réflexivité devrait être un marqueur des sociétés du XXIè siècle ; ni dans la recherche – alors que les incertitudes radicales gagnent du terrain et que nous devrions, plus que jamais, pour tenter de les dépasser, confronter avec ouverture d’esprit et rigueur scientifique les épistémologies, les hypothèses de travail et les méthodes.
Interlocuteur légitime et crédible, l’AFEP a vocation à peser sur les évolutions institutionnelles à la fois dans l’enseignement et dans la recherche, pour les infléchir dans le sens du pluralisme. C’est le sens de notre présence en tant qu’organisation professionnelle, dans des institutions régulant notre profession, notamment au Conseil national des universités (CNU) ou au Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES).
LE CONTEXTE : UNE CECITE LIEE A L’HOMOGENEISATION D’UN CHAMP
Le contexte historique de création de l’AFEP est celui de la crise dite des « subprimes », Celle-ci a pris de court les économistes les plus en vue sur les scènes médiatique et académique, qui affichaient jusque-là une grande confiance dans la solidité de la macroéconomie mondiale. L’ampleur de la crise a alors suscité une stupéfaction généralisée : comment les « prix Nobel » et autres « experts » avaient-ils pu se tromper à ce point ? La question est formulée de manière emblématique par la reine Élisabeth II lors d’un discours à la London School of Economics en novembre 2008 : « Comment se fait-il que personne n’ait rien vu venir ? ». Quelques mois plus tard, Paul Krugman abordera cette même question dans une tribune publiée dans le New York Times (6 septembre 2009), intitulée How did economists get it so wrong? Il y avance l’idée selon laquelle les économistes auraient privilégié la recherche de l’élégance mathématique de leurs modèles au détriment de la compréhension des phénomènes économiques réels. Selon ses termes, « the economics profession went astray because economists, as a group, mistook beauty, clad in impressive-looking mathematics, for truth »[1]. L’économiste en chef de la Banque d’Angleterre, Andy Haldane, reconnaissait également, au micro de la BBC, le 2 décembre 2014 : « At the root of the crisis we are living through, which has material impact on people livelihood (…) was actually an intellectual failure, an analytical failure : the model we were using to understand the world turned out to be false, and therefore the policy we put in place turned out to be inadequate, and the costs of that are now being felt by everyone »[2][3].
Pourtant, d’autres courants théoriques et méthodologiques existaient (et existent !) au sein de la discipline, qui avaient précisément alerté sur les dérives d’un capitalisme financiarisé faiblement régulé et ses dangers. Cette faillite du champ professionnel des économistes en 2008 révélait que celui-ci ne laissait plus guère de place aux courants critiques. Depuis le milieu du XXe siècle, les approches hétérodoxes ont été progressivement marginalisées, d’abord aux Etats-Unis puis dans le reste du monde, dans un mouvement de net recul du pluralisme académique et d’homogénéisation consécutive de la discipline : la tonalité monocolore – avec de multiples nuances de gris – du prix de la banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel en est une illustration au niveau international. Ce mouvement a résulté d’une prise de contrôle progressive des instances de régulation de la discipline par les courants dominants : en France, le concours d’agrégation du supérieur a longtemps agi comme un verrou idéologique, les modalités d’évaluation ont privilégié les publications relevant d’un seul champ méthodologique et théorique, le classement profondément biaisé des revues au CNU et son maintien, cristallise des pratiques partiales entravant le développment de perspectives et de carrières en dehors du mainstream. De cette homogénéisation a découlé, inévitablement, la chute des recrutements non mainstream en économie. Cela s’est à son tour traduit par une domination sans partage des perspectives mainstream dans les cursus universitaires et une séparation entre l’économie et les autres sciences sociales. Ainsi, la standardisation du champ autour de quelques approches formelles, censées détenir la « vérité », la seule et unique, a occasionné une véritable cécité collective. . .
C’est donc dans ce contexte que l’AFEP est créée en 2009 : l’association défend le pluralisme scientifique en économie (pluralisme des approches, des théories et modèles, des méthodes, des objets etc.). Ce pluralisme repose sur des procédures éprouvées d’observation et d’interprétation des « données » quantitatives (statistiques, économétrie, simulation, etc.) comme qualitatives (observations ethnographiques, entretiens approfondis, archives, études de cas, etc.). Ces procédures plurielles sont soumises à l’évaluation par les pairs dans le cadre idéal d’une évaluation équitable, non biaisée en faveur de telle ou telle approche[4]. Aussi l’AFEP conteste le présupposé, encore largement répandu aujourd’hui, selon lequelle il n’existerait qu’un seul discours légitime en économie. Cette défense, loin d’être corporatiste se fonde sur la nécessité de maintenir un débat vivant et informé dans la sphère scientifique comme dans la société civile sur les questions, souvent décisives, d’orientations économiques. Le débat scientifique est à la fois source de rigueur scientifique et indispensable à la démocratie. There are many sound alternatives !